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Blandine n'avait pas été gâtée par la nature. A seize ans, elle était affublée d'énormes
lunettes, indispensables pour lutter contre une myopie proche de la cécité. Elle était blonde,
mais pas de ces blondes resplendissantes qui éblouissent au soleil. Par on ne sait quelle
malchance, sa blondeur laissait une illusion de sale, renforcée par un teint terreux, presque
maladif. Formée, elle l'avait été de bonne heure, mais déjà elle avait l'air usé et défraîchi.
A peine révélée, sa poitrine, bien que modeste, avait commencé à s'effondrer et laissait une
impression de guimauve à demi mâchée à qui la touchait. Bien entendu, ses fesses étaient à
l'avenant, flasques et tristes. Mais le pire de tout était bel et bien ce corset qu'elle était
contrainte de porter vingt-quatre heures sur vingt-quatre et qui était destiné à combattre un
effondrement vertébral dû à une décalcification osseuse de grande envergure. Le corset
métallique la maintenait dans un état de rigidité complète, les barres d'acier qui lui
soutenaient le dos étant fixées par un collier lui enserrant le cou ainsi que par une ceinture
difficile à dissimuler même sous les vêtements les plus amples.
Mais Blandine, qui très tôt avait eu le goût des garçons, ne s'avouait pas vaincue pour autant.
Bien que sa féminité n'ait rien eu d'attrayant, elle se débrouillait assez bien pour satisfaire
des désirs permanents. Très précoce, elle avait renoncé à l'état virginal alors qu'elle venait
juste de fêter ses douze ans. Depuis ce moment, elle n'avait plus eu qu'une idée : renouveler
cette expérience aussi souvent que possible. Au début, cela n'avait pas été trop difficile. Comme
elle était une des seules filles de sa classe d'âge à accorder ses faveurs aux garçons, ceux-ci
n'étaient pas trop regardants faute d'un choix plus large. Mais depuis un ou deux ans, elle
n'avait plus cet avantage.
Sa facilité n'avait plus rien d'exceptionnel, bien au contraire. Blandine avait été contrainte de
trouver des parades à la pénurie qui risquait de s'installer. Il lui suffisait de faire montre d'un
vice et d'une luxure inégalables pour intéresser toujours de nouveaux partenaires. En particulier,
elle devenue une véritable spécialiste du coït anal, des pénétrations multiples et simultanées par
des groupes d'adolescents rigolards, et n'avait pas hésité à pratiquer la fellation sur un chien
pour bénéficier des faveurs de son propriétaire. Heureusement, nous ne sommes par ici pour juger
Blandine, parce qu'il y aurait bien à redire. Lorsque l'on pense que ses parents la considéraient
encore comme une gamine innocente, il y a de quoi rire.
Malgré tout, les garçons qui s'intéressaient à Blandine ne le faisaient jamais très longtemps.
L'inédit ne l'est qu'une fois. De plus, cette dernière, bien que consciente de son physique
ingrat, était loin d'être satisfaite par les partenaires qu'elle drainait vers son lit. Ceux-ci,
pour la plupart, ne présentaient pas des physiques surexcitants et, en général, ne brillaient pas
par un intellect extraordinaire. Et malheureusement, Blandine avait tendance à se considérer
comme située à la limite du génie, sans toutefois préciser de quel côté de la frontière. Il lui fallait
donc un moyen d'approcher des candidats plus adéquats à ses désidérata. Ce moyen, c'était Agnès.
Cette dernière était aussi belle que Blandine était disgracieuse. C'était une brune aux yeux
d'un vert insondable. Son corps était irréprochable : une poitrine arrogante, des fesses pleines et
fermes, de longues jambes fuselées, tout pour rendre fou n'importe quel mâle normalement
constitué. Des meutes entières de garçons grattaient à sa porte, sans cesse renouvelées. Alors
Blandine avait fait en sorte de devenir sa meilleure copine, sa confidente. Agnès ne jurait que
par Blandine. Il faut dire que sur le plan intellectuel, les deux amies représentaient le jour et
sinon la nuit, du moins le soir très tard. Si bien qu'Agnès avait une propension sensible à se
ranger invariablement aux avis de Blandine dans tous les domaines, y compris celui du choix de
ses petits amis. Cet état de fait étant notoire, les garçons qui pullulaient autour d'Agnès
acceptaient quelquefois une sorte de marché suggéré par Blandine. Après avoir passé quelque temps
avec elle, elle invitait ensuite Agnès à sortir avec eux, et tout le monde en profitait. Ce n'était
pas là un bien grand sacrifice compte tenu du fait qu'Agnès était particulièrement désirable et
se trouvait à la clé. Blandine avait donc trouvé là un filon d'une richesse exceptionnelle. Et de
cette manière, elle fit la connaissance de Sébastien.
Fait inhabituel, Blandine n'avait pas eu besoin d'exercer son petit chantage pour que Sébastien
s'intéresse à elle. Curieusement, il ne semblait pas avoir de goût particulier pour Agnès dont il
paraissait s'être rapproché par une sorte d'inertie. C'était un garçon bien sous tous rapports,
pourrait-on dire de lui. Blond bouclé, bien découplé, il était assez bel homme. De plus, il était
déjà plus âgé que les adolescents que croisaient habituellement les deux amies. A vingt-deux ans,
il était déjà bien avancé dans des études de médecine. C'était une personnalité brillante, à la
conversation d'un intérêt sans cesse renouvelé. Blandine ne tarda pas à en tomber folle
amoureuse. Sébastien apparut vite très sensible à l'intérêt qu'il soulevait. Et finalement, il
se décida à se déclarer à Blandine. Il s'y prit d'une manière rien moins que surannée car il
était un peu vieux jeu à ce sujet. Blandine, qui n'avait pourtant pas pour habitude de laisser
traîner les choses de par son tempérament qui, rappelons-le, était avide de caresses, eut tout de même
le culot de tirer parti de la situation pour faire marcher le pauvre garçon. Elle fit mine d'hésiter,
tergiversa, avant finalement de céder aux avances de Sébastien qui faisait les gorges chaudes
de tous ceux qui connaissaient Blandine. Refrénant ses désirs impétueux, celle-ci poussa la
comédie jusqu'à faire patienter son amoureux plus de deux semaines avant de condescendre à le
connaître plus intimement. Comme elle ne pouvait pas décemment prétendre qu'elle était vierge,
elle lui fit croire qu'il était le second, et consola un Sébastien déçu en lui avouant que s'il
n'était pas le premier, il était tout de même celui qui lui avait fait découvrir le plaisir, une
première expérience furtive n'ayant pas été très concluante. Paradoxalement, cette déception
renforça Sébastien dans son penchant pour Blandine.
Ce fut le début d'une idylle incompréhensible pour tout l'entourage des deux amoureux. Blandine et
Sébastien ne pouvaient plus se quitter une minute. Il était fréquent de les croiser dans les rues ou
les jardins publics, étroitement enlacés, comme pour défier les passants de pouvoir les séparer.
Au début, personne ne douta que Sébastien ouvrirait rapidement les yeux et qu'il laisserait choir
Blandine. Mais, peu à peu, il devint clair que cela ne serait pas. Au fil des mois, le couple
acquit un caractère immuable, si bien que l'on n'aurait pu imaginer un monde où il serait
séparé. On essayait bien d'expliquer cet engouement par les cochonneries de Blandine, mais cela
ne satisfaisait personne. Enfin, il devait bien y avoir une raison.
Blandine avait réellement l'air de bien tenir la situation en main. Comme par le passé, elle
continuait à se confier à Agnès. De cette manière, il était possible d'obtenir quelques
informations croustillantes. Par exemple, Blandine avait réussi à convaincre Sébastien de
participer à des séances de triolisme. Le fait que ces parties se déroulent toujours entre
elle, Sébastien et un autre garçon restait incompréhensible. Qu'est-ce qui pouvait bien faire
accepter à Sébastien de jouer le rôle du dindon de la farce ? Les faits déjouaient toutes les
prévisions.
Mais, malgré sa position de force, Blandine doutait. Elle en discutait fréquemment avec Agnès.
Elle aussi s'interrogeait sur la réalité de l'amour de Sébastien. Elle n'était tout de même pas
folle et se rendait compte que cette situation n'était pas normale, compte tenu de sa disgrâce
physique. Elle non plus ne pouvait se résoudre à accepter un miracle inexplicable. Pour un peu,
elle n'en aurait plus dormi la nuit. Il lui fallait une certitude définitive à ce sujet. Alors,
elle eut l'idée de mettre Sébastien à l'épreuve pour qu'il ne puisse subsister aucune ambiguïté.
A Agnès, elle confia son idée. Il s'agissait de faire croire à Sébastien que depuis le début de
leur relation, elle le trompait régulièrement avec un autre garçon qu'elle aimait. Agnès objecta que
Sébastien admettait que Blandine ait d'autres partenaires puisqu'il acceptait les parties
triangulaires. Mais Blandine lui expliqua que ce n'était pas la même chose. Dans le cas présent,
Sébastien ignorait la relation et il était donc volontairement trompé, maintenu dans l'ignorance,
et ce qui couronnait le tout, elle était censée aimer le garçon. Pour sa part, Agnès pensait
qu'il était inutile de se poser tant de questions, mais le résultat de la confrontation
l'intéressait tout de même. Blandine était résolue à tenter l'expérience.
Dès le lendemain, elle parla à Sébastien. Elle lui raconta cette relation imaginaire, agrémentée
d'une foule de détails destinés à aggraver la faute supposée. Sébastien parut tout d'abord
recevoir un coup à l'estomac, mais ensuite il prit assez bien la chose, du moins ouvertement.
Cependant, il en profita pour avouer à Blandine que lui aussi, il l'avait trompée de nombreuses
fois et avec trois partenaires différentes. Elle le prit très mal, et l'entrevue devint
orageuse. Elle ne pouvait pas supporter d'avoir ainsi été ridiculisée. Méchamment, elle déclara
à Sébastien qu'il avait un petit sexe et qu'il faisait l'amour comme un cochon. Ce à quoi il riposta
qu'il ne s'était intéressé à Blandine qu'en raison du cas médical rarissime qu'elle représentait.
Le dialogue s'était tellement envenimé que Blandine claqua la porte. Les deux amants ne se revirent
jamais plus. Blandine ne retrouva pas d'autre garçon capable de la prendre pour ce qu'elle
était. Sébastien, lui, trouva d'autres filles, mais ce ne fut jamais comme avec Blandine. Un jour,
beaucoup plus tard, Sébastien avoua que, contrairement à ce qu'il avait déclaré, il n'avait
jamais trompé Blandine.
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