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Lorsque j'appris que Mireille allait être institutrice, je fus très surpris. Jusque là,
j'avais cru que le baccalauréat n'était pas suffisant et que la sélection était plus
rigoureuse. Mireille, qui peut être une fille très gentille lorsqu'elle le désire, ne
correspond pas du tout à l'image que je me faisais de mon institutrice lorsque j'étais
moi-même à l'école primaire. Elle est petite, un peu boulotte quoique très désirable
puisqu'elle s'habille d'une manière des plus aguicheuse et que ce n'est là qu'un euphémisme
criard pour qui la connaît. De plus, elle répand sur n'importe quel sujet les idées les plus
saugrenues et fait preuve d'une incontinence intellectuelle inquiétante pour les jeunes esprits
qu'elle aura à remplir. Pour couronner le tout, c'est une fille relativement facile. Sachez
simplement que sa présence dans un train ou dans un avion explique facilement
l'impossibilité d'accéder aux toilettes durant tout le trajet.
Quoiqu'il en soit, et malgré les nombreuses démonstrations d'incompétence que je lui fis à ce
sujet, elle n'eut jamais l'ombre d'un doute sur ses capacités. On lui confia donc une trentaine
de gamins en septembre d'il y a deux ans, à mon grand désespoir. Comme je la rencontrais assez
souvent, je ne manquais pas de l'agresser sur son travail à chaque fois. Mais finalement,
l'un dans l'autre, elle semblait s'en tirer d'une façon tout à fait honorable. Et, peu à peu,
je pris un plaisir un peu moins grand à critiquer cette Administration qui confiait la
jeunesse à une sorte d'hystérique étrange.
Je finis par ne plus y penser et par avoir d'autres préoccupations à son sujet. Comme elle
était collée au frère de ma régulière, je ne pouvais pas concrétiser mes envies, mais celles-ci
me tenaillaient cruellement. Qui aurait pu résister à la vue de ses tétons constamment aperçus
dans l'échancrure de son corsage ou au reflet doré de son sexe dans l'entrebâillement de ses jupes
outrageusement fendues. Quel enfer que cet indécent appel auquel il m'était impossible de répondre !
Mais jamais je n'eus l'occasion de me retrouver seul à seule avec elle, d'autant que ma petite amie
y veillait discrètement.
Un jour pourtant, mes soupçons à son égard trouvèrent à s'alimenter dans un fait divers très
curieux. Ce jour là, nous fûmes informés par le frère de ma petite amie, Martin, que Mireille était
détenue par la police pour un interrogatoire. Nous nous demandions vraiment de quoi il pouvait
s'agir puisque le commissariat refusait toute information à ce sujet. Finalement, Mireille nous
donna toutes les explications voulues lorsqu'elle fut remise en liberté.
La veille, elle avait organisé une sortie en forêt avec sa classe. D'après ce qu'elle nous
raconta, elle avait du s'absenter quelques instants pour aller satisfaire à un besoin naturel
derrière un arbre (personnellement, je lui accordai automatiquement un genre bien
particulier de besoin naturel). Selon elle, quand elle vint retrouver ses élèves, ceux-ci
avaient disparu intégralement du premier au dernier. Evidemment, cette explication était absolument
invraisemblable et il nous fut difficile d'y croire, mais quelle autre solution proposer ?
Les enquêteurs avaient pour leur part dû se résoudre à accepter la thèse de Mireille,
puisqu'il faut le reconnaître, il était difficilement imaginable qu'elle ait pu les faire tous
disparaître sans laisser la moindre trace. D'autant que le témoignage de plusieurs promeneurs
confirmait la fameuse sortie en forêt. L'affaire fut donc classée. En raison de leur étrangeté,
les faits furent rigoureusement passés sous silence et aucune information ne filtra. Je ne sais comment
les autorités parvinrent à convaincre les familles des vingt-sept gamins égarés de se taire,
mais elles y réussirent.
Mireille ne fut pas autrement inquiétée à la suite de cette histoire bien qu'elle fut
gentiment remerciée par le ministère de l'éducation nationale. Elle ne tarda pas à trouver
un nouvel emploi dans une entreprise de vente par correspondance de matériel pornographique
où elle répondait avec passion au courrier de lecteurs détraqués, ce qui lui permettait sans
doute de trouver une véritable mine de partenaires occasionnels. Cependant, je ne fis jamais
part de mes soupçons à Martin qui, le pauvre, ne supposait pas un instant que les faveurs de
Mireille puissent aller à d'autres que lui. Le malheureux ne savait pas qu'il faisait les
gorges chaudes de tout son entourage.
Et le temps passa, tandis que Mireille envahissait de plus en plus mes fantasmes. Je
désespérais de pouvoir tromper un jour la surveillance de ma régulière et la pensée des
rondeurs de cette petite blonde volcanique pétries par des centaines de mains étrangères
me rendait fou. Et finalement, l'occasion tant attendue se présenta.
Mireille proclamait avec véhémence sa fierté envers son ascendance italienne. A tel point
que c'était réellement difficile à supporter. Pour cette raison, elle ne manquait pas une occasion
de se rendre dans le pays de ses ancêtres. De fait, elle avait une fois de plus passé les dernières
vacances de Noël sous le soleil latin. A son retour, alors que nous étions réunis tous les
quatre, avec mon amie et son frère, elle nous parla d'un phénomène incroyable. Elle nous raconta
qu'elle avait séjourné chez l'une de ses tantes de là-bas et que celle-ci lui avait fait cadeau d'un
bocal contenant d'extraordinaires petites créatures. Il s'agissait de petits animaux qu'elle
décrivait comme étant de petits singes, selon son expression. Ces petits singes vivaient
sous l'eau et ressemblaient en tous points à des hommes. Ils construisaient de petites maisons,
cultivaient de petits jardins et surtout bâtissaient de véritables forêts de minuscules
échelles sur lesquelles ils grimpaient. Bien entendu, nous ne fûmes pas dupes et nous mîmes
cette invention sur le compte de son esprit délirant. Puis nous l'oubliâmes.
Un après-midi, à ma grande surprise, Mireille me rendit visite. Je tenais enfin l'occasion
rêvée depuis si longtemps. La conversation ne resta pas indéfiniment anodine et prit vite un
caractère frivole, voire grivois. Après un verre ou deux, il fut convenu que je la raccompagnerai
chez elle et sous-entendu qu'une consommation inéluctable s'ensuivrait. Effectivement, à peine
avions-nous franchi la porte de son appartement que nous nous retrouvions enlacés dans les bras
l'un de l'autre, perdant le souffle dans un long baiser passionné. Elle m'entraîna rapidement
dans sa chambre et nous y passâmes des moments inoubliables. Sachez simplement que sa petite
taille permettait des acrobaties indispensables si l'on veut pouvoir un jour affirmer tout
connaître de l'amour.
Nous étions étendus sur son lit, cherchant à retrouver quelques forces pour un ultime
affrontement lorsqu'elle me demanda soudain si je voulais voir les petits singes. Curieux
qu'elle n'ait pas abandonné cette idée absurde, je lui dis que oui et la suivis. Nous entrâmes
dans un petit salon dont toute une façade était occupée par un immense réseau d'aquariums.
Je m'en approchai et, le nez collé à la paroi, je discernai l'inconcevable. Sous l'eau des divers
récipients vivaient effectivement une grande quantité de petites créatures ressemblant à s'y
méprendre à de petits hommes. Elles avaient construit de petits villages et grimpaient le
long de minuscules échelles. Les petites créatures ne devaient pas avoir plus d'un centimètre
de haut et je les observais, fasciné. Elles vaquaient à des occupations diverses et il y avait
même une bande d'enfants jouant ensemble à ce qui était une marelle, me sembla-t-il.
Au bout d'un moment, j'eus l'impression que les petits singes me faisaient de grands signes et
je me baissai pour tenter de comprendre ce qu'ils désiraient me dire. J'avais le nez collé à la vitre,
sans réussir à distinguer clairement ce qu'il faisaient lorsque soudainement le décor changea.
Ce que j'apercevais maintenant de l'autre côté de la vitre, c'était le salon de Mireille et
cette dernière qui tapotait la paroi de l'aquarium en souriant. Je compris que j'étais dans
l'aquarium, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, et que j'avais la taille de ses
habitants. Quelques uns d'entre eux courraient vers moi.
Lorsqu'ils furent arrivés, ils m'expliquèrent enfin ce qu'ils essayaient de me dire tout à l'heure. Ils
avaient tenté de me faire comprendre que je devais m'enfuir. Puis ils clarifièrent la situation. Ils
me racontèrent qu'eux aussi avaient été les amants de cette Circé moderne et que, les uns après
les autres, elle les avait enfermés dans ses aquariums. La seule exception avait été une bande
d'enfants auxquels elle avait enseigné et qui avaient fini par l'excéder.
Maintenant que j'y pensais, j'aurais dû m'en douter. Bien que sachant les nombreuses aventures
de Mireille, je n'avais jamais eu l'occasion de rencontrer un des heureux élus, si ce n'est Martin.
Voilà donc où se trouvaient les malheureux. Ah, pauvre de moi ! J'avais moi aussi été pris dans
ses rets. Il ne me restait plus qu'à attendre l'arrivée des nouveaux et peut-être de réussir à
les avertir en faisant de grands gestes avec mes petits bras. Alors je vous le dis amis lecteurs,
à vous qui convoitez Mireille et qui êtes encore à l'extérieur, je vous mets solennellement en garde :
ne suivez pas cette conquête facile et surtout, ne demandez jamais à voir les petits singes.
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