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Marie-Thérèse regarda par la fenêtre. Les trois enfants étaient en train de se bombarder
de boules de neiges. Ils se pourchassaient en hurlant tout autour du chalet. Elle entrouvrit
la fenêtre et leur cria : " Faites attention à ne pas vous approcher de l'étang ". "Non, non ",
répondit Pascal sans même interrompre sa poursuite. Puis il expédia sa boule qui éclata contre
le visage de Claude qui chercha son souffle quelques secondes sous la morsure glacée.
Rassurée, Marie-Thérèse referma la fenêtre et retourna à son ménage.
Les enfants finirent pourtant par se lasser du jeu qui leur gelait les mains. Laurent proposa :
"Si on allait au petit bois ?". Les deux autres ne soulevant aucune objection, ils
s'élancèrent vers les arbres dans une course effrénée, entrecoupée de glissades
acrobatiques. A chaque fois que l'un d'eux s'étalait dans la neige, les deux autres
s'esclaffaient et le saupoudraient de flocons.
Lorsqu'ils passèrent devant l'étang interdit, Laurent ne manqua pas de pousser Claude au bas
du talus. Celui-ci parvint à se raccrocher aux broussailles qui bordaient l'étang mais ses pieds
crevèrent la mince pellicule de glace. Claude se hissa péniblement hors du piège qui pouvait
tout aussi bien être mortel et injuria copieusement Laurent, beaucoup plus pour ses chaussures
trempées que pour un risque qu'il n'avait pas conscience d'avoir couru.
Ce qui ennuyait le plus Claude, c'est qu'il n'avait aucun moyen de rendre la pareille à Laurent.
Ce dernier était bien plus fort que lui, et comment demander à un adulte de rendre la justice
alors que la proximité de l'étang leur était justement interdite ? Alors, comme d'habitude, Claude
prit sur lui et ne fit rien. Comme toujours, il oublierait vite.
Les enfants repartirent et Claude cessa de se plaindre de ses pieds mouillés. Ils coururent
entre les troncs des sapins couverts d'un manteau de neige fraîche. Leur plus grand plaisir était
de se placer sous un arbre encore jeune et de le secouer énergiquement. Ils déclenchaient alors une
avalanche de flocons qui s'infiltraient sous leurs cols. Transformés en abominables hommes des
neiges, ils se jetaient alors les uns sur les autres en grognant et se roulaient dans la couche
de poudreuse.
Après avoir dévêtu de nombreux arbres, ils s'arrêtèrent enfin, soufflant et suant malgré le froid.
Les plaisirs de la neige s'épuisaient et il fallait maintenant rentrer. Ils quittèrent le sous-bois
pour regagner le sentier où la neige était tassée.
Après quelques dizaines de mètres, Claude poussa un petit cri et s'élança vers une petite tache
dissimulée dans les broussailles. La petite tache tenta de s'échapper, mais elle ne put que
ramper difficilement sur le sol et Claude la saisit dans le creux de ses mains.
- Qu'est-ce que c'est, demanda Pascal.
- Un oiseau, lui répondit Claude.
Les trois enfants s'étaient regroupés en rond et tâchaient d'apercevoir la petite créature dont
la seule tête dépassait des mains de Claude. "Fais voir, fais voir " réclamaient les deux
autres surexcités.
- Allez, donne-le moi, intima Pascal. Claude ne voulut pourtant rien savoir.
- Montre, que je puisse voir ce qu'il a.
- Je ne sais pas ce qu'il a, répondit Claude. Je crois qu'il est blessé. Il n'a pas l'air
d'arriver à voler.
Il entrouvrit alors ses mains, et tous purent voir la petite boule de plumes qui frissonnait
sur la paume de Claude.
- Il n'a pas l'air blessé, pourtant, constata Laurent.
- Je ne sais pas, moi. Il a peut-être froid. Il va peut-être repartir maintenant.
Pour vérifier, Claude lança timidement la petite boule de plumes dans les airs, mais celle-ci
battit de l'aile et retomba sur le sol, à quelques mètres.
Cette fois là, Pascal, plus rapide, réussit à s'approprier l'oiseau. Il ne voulut pas le
restituer à Claude malgré les protestations de celui-ci qui se prévalait de son antériorité.
Pascal examina l'oiseau. Il lui tira les ailes, mais elles ne semblaient pas brisées. Il regarda
les yeux et la commissure du bec, mais il n'y avait pas de sang. Il retourna alors l'animal et vit
qu'il avait une patte coupée à l'articulation, peut-être arrachée par un prédateur.
- Je crois que je sais ce qu'il a, dit-il. Regardez, il a une patte en moins et il ne peut pas
voler car il manque d'équilibre.
- Oh, le pauvre, compatit Claude.
- Ne t'inquiète pas, je sais ce qu'il faut faire, répondit Pascal. Il faut simplement qu'il
retrouve son équilibre.
Sans que les autres puissent voir ce qu'il faisait, il retourna l'oiseau. Il y eut un faible
craquement et la patte de l'animal dessina comme une fleur sur le blanc manteau de neige.
Pascal ouvrit les mains et l'oiseau s'envola.
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